Se filmer pour trouver les angles morts

Objectifs de l'outil

Amener les enseignantes et les enseignants à analyser leurs propres pratiques sous l’angle des stéréotypes sexuels et à faire un retour réflexif sur celles-ci.
Se filmer pour trouver les angles morts

Description brève de l'enjeu

L’adhésion aux stéréotypes sexuels provient de la socialisation différenciée selon les sexes et non de facteurs biologiques ou génétiques (Vidal, 2015). Or, étant donné que nous avons été socialisés dans un contexte où différentes normes sont associées au masculin et au féminin, nous reproduisons nous-mêmes, sans nous en rendre compte, ces stéréotypes lors de nos interactions avec les étudiant·e·s, qui adoptent à leur tour ces codes sociaux et ce, depuis la petite enfance (Amboulé Abath, 2009). Se filmer et analyser ses propres comportements par la suite permet de détecter ces comportements différenciés selon le sexe que nous adoptons avec les étudiant·e·s, filles et garçons.

Pour réaliser une vidéo vous permettant d’analyser vos pratiques pédagogiques, vous pouvez demander à un·e collègue de vous filmer ou encore placez une caméra au fond de la classe, de manière à ce que les étudiant·e·s l’oublient au fil du cours.

L’analyse quantitative

L’analyse quantitative de nos interactions avec les étudiant·e·s ainsi que des étudiant·e·s entre eux et elles peuvent nous permettre de voir si la répartition de notre temps et de nos paroles et gestes entre filles et garçons est équitable. Cela peut aussi nous donner une idée de la ségrégation selon le sexe qui est présente dans notre classe : filles et garçons interagissent-ils entre eux et elles ou les interactions demeurent-elles plus souvent entre étudiant·e·s de même sexe?

Voici une proposition de grille d’analyse quantitative de votre vidéo, inspirée du travail de Hofmeister et Blatti (2016) et de Ducret et Nanjout (2015). Pour chaque type d’interaction relevé, faites un trait dans la case correspondante. Vous pouvez aussi télécharger la version imprimable de la fiche dans les documents cliquables en bas de page.

Légende

Orale : poser une question, répondre à une question, faire un commentaire, etc.

Gestuelle : communication non verbale, signe de se taire ou de se calmer, etc.

Aide individuelle : se rapprocher du bureau d’un·e étudiant·e, un·e étudiant·e vient au bureau de l’enseignant·e, etc.

Tentative non aboutie : un·e étudiant·e lève la main sans succès, pose une question qui demeure sans réponse, l’enseignant·e pose une question qui demeure sans réponse, fait un geste vain, etc.

* Il importe de distinguer les interactions initiées par l’étudiant·e (Étudiant·e → Prof) de celles initiées par l’enseignant·e (Prof → Étudiant·e).

Type d'interactionOraleGetuelleAide individuelle (proximité physique)Tentative non aboutie
Étudiante → Prof
Étudiant → Prof
Prof → Étudiante
Prof → Étudiant
Gars → Fille
Fille → Gars
Gars → Gars
Fille → Fille

L’analyse qualitative

L’aspect quantitatif des interactions ne nous donne qu’une partie du portrait en ce qui a trait à nos interactions différenciées avec nos étudiant·e·s selon leur genre. Voici donc, en complément, quelques questions à se poser lors de l’analyse réflexives de ses pratiques captées sur vidéo, inspirées de Ducret et Nanjoud (2015), de Jarlégan, Tazouti et Flieller (2011) et du Secrétariat à la condition féminine (2013).

  1. Accueillez-vous les étudiant·e·s par leur prénom? Relevez les noms que vous donnez aux étudiant·e·s. Faites-vous des différences entre les filles et les garçons ?
  2. Séparez-vous les étudiant·e·s par leur sexe en vous adressant à eux et à elles (« les filles », « les gars ») ?
  3. À qui vous adressez-vous ? Qui répond ? Qui est interrompu ?
  4. À qui demandez-vous le plus souvent de préciser leur réponse ?
  5. Lors des conflits entre les étudiant·e·s, intervenez-vous ? Si non, comment le conflit est-il résolu et en faveur de qui? Si oui, en faveur de qui le conflit est-il résolu ? À qui avez-vous proposé de concilier ? Comment les étudiant·e·s réagissent-ils lors d’un conflit (céder, concilier, tenir tête) ?
  6. Que se passe-t-il dans les situations de rangement du matériel (s’il y a lieu) ? Y a-t-il un appel à tous et à toutes ? Qui range ? Intervenez-vous pour que filles et garçons participent au rangement ?
  7. Quel·le·s étudiant·e·s sont sollicité·e·s pour aider dans les différentes tâches (s’il y a lieu) ? Faites une colonne pour les filles et une pour les garçons, notez les différentes activités effectuées par les un·e·s et les autres, et comparez-les.
  8. Quand vous vous adressez à votre classe, à qui vous adressez-vous? Aux garçons uniquement (masculin universel)? Aux filles uniquement? Aux filles et aux garçons?
  9. Quand vous vous adressez aux élèves, repérez des situations où vous avez fait référence à la mère ou au père. Comparez les situations !
  10. Relevez le sexe des personnes illustrées dans les outils pédagogiques que vous utilisez. Présentez-vous plus de femmes, d’hommes ou les deux ?
  11. Écoutez le ton et le volume de la voix que vous utilisez pour sanctionner, pour féliciter, pour encourager, pour demander un service. Est-il différent s’il s’agit de filles ou de garçons ?
  12. Qui encouragez-vous, félicitez-vous, complimentez-vous ? Et pour quel type d’activité ou de comportement ?
  13. Relevez les compliments qui sont adressés aux filles et aux garçons. Correspondent-ils aux stéréotypes de genre ? Par exemple, les filles sont souvent complimentées sur leur apparence et les garçons sur leur compétence.
  14. Quelles sont les émotions exprimées par les étudiant·e·s, filles et garçons ? Comment réagissez-vous ?
  15. Qui lève la main le plus souvent pour prendre la parole ? Qui conserve la parole le plus longtemps ?

Références

AMBOULÉ ABATH, Anastasie (2009). Étude qualitative portant sur les rapports égalitaires (garçons et filles) en service de garde, Université Laval, 140 pages.

DUCRET, Véronique et NANJOUD, Bulle (2015). Guide d’observation des comportements des professionnel-le-s de la petite enfance envers les filles et les garçons, 2e édition, Le 2e Observatoire, accessible à :  http://www.2e-observatoire.com/downloads/poupee_guide_interieur_simple_web.pdf

HOFMEISTER, Mathias et BLATT, Sabine (2016). Les interactions enseignant-e–élèves selon le genre de l’élève dans la discipline des mathématiques, Mémoire de maîtrise, Haute École de pédagogie de Lausanne, accessible à : https://core.ac.uk/download/pdf/130042366.pdf

JARLÉGAN, Annette, TAZOUTI, Youssef et FLIELLER, André (2011). « L’hétérogénéité sexuée en classe : effets de genre sur les attentes des enseignant(e)s et les interactions verbales enseignant(e)-élève », Les dossiers des sciences de l’éducation, 26 | 2011, 33-50, accessible à : https://journals.openedition.org/dse/1073#tocto3n7

SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE (2011). D’égal(e) à égaux: pour la promotion de rapports égalitaires entre filles et garçons dans les services de garde éducatifs. Québec: Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.

VIDAL, Catherine (2015). Nos cerveaux, tous pareils, tous différents! Laboratoire de l’Égalité, Éditions Belin, 79 pages.