Principes de base des pédagogies égalitaires

Objectifs de l'outil

Favoriser un enseignement exempt de stéréotypes sexuels ;
Présenter les principes de base des pédagogies égalitaires.
Principes de base des pédagogies égalitaires

Description brève de l'enjeu

À leur insu et de façon non intentionnelle, les enseignant·e·s du cégep traitent différemment les étudiantes et les étudiants, tel que détaillé dans la section sur le rapport à l’école des jeunes du collégial. Les méthodes pédagogiques utilisées peuvent également favoriser un certain groupe d’étudiant·e·s, alors que l’objectif de l’enseignement est de rejoindre tous les étudiants et toutes les étudiantes, peu importe leur mode d’apprentissage préféré.

Afin de limiter et d’éventuellement éliminer le traitement différencié des étudiant·e·s selon leur sexe par les enseignant·e·s, il importe de mettre en place une pédagogie féministe, c’est-à-dire une pédagogie qui vise, à terme, l’élimination des inégalités entre les femmes et les hommes. « Selon Penny Welch (1994 : 156), l’ensemble des pédagogies féministes se fonde sur trois principes qui ont pour objet:

  1. d’établir des relations égalitaires dans la classe;
  2. de faire en sorte que les étudiantes et les étudiants se sentent valorisés en tant que personnes;
  3. d’utiliser l’expérience des personnes étudiantes comme source d’apprentissage.

Pour Burke et Jackson, à ces principes, il convient d’ajouter que l’activité pédagogique soit transformative » (Pagé, Solar et Lampron, 2018, p. 8).

Six idées directrices des pédagogies féministes ont été développées par le Chantier sur la pédagogie féministe du Réseau québécois en études féministes (RéQEF). Elles sont présentées ci-dessous et quelques exemples de mise en pratique sont donnés pour le collégial.

1. Reconnaissance de l’expérience comme source de savoirs légitimes

Les étudiant·e·s transportent avec eux et elles un bagage d’expériences et de savoirs construits qui doivent être pris en considération. Au-delà de partir de conceptions initiales des étudiant·e·s, on peut leur demander comment les notions enseignées ou que l’on s’apprête à enseigner s’incarnent dans leur vie. Ont-ils et elles déjà observé ces phénomènes, tenté ces expérimentations, etc.?

2. Mettre en valeur le développement de l’esprit critique et sensibiliser aux enjeux sociaux

Les contenus d’apprentissage ne flottent pas dans un vaccuum : ils ont été développés et pensés dans un contexte social et ils ont des implications sociales. Il est donc important de présenter…

  • Comment les concepts enseignés ont-ils été développés et par qui?
  • Quelles sont les implications sociales de telles découvertes?
  • Quelles sont les retombées sociales possibles de tel ou tel concept?

3. Questionner et déconstruire les rapports de pouvoir et lutter contre les différentes formes d’inégalités, dont celles de genre, dans un but de transformation sociale

Faisant suite à la contextualisation sociale des apprentissages, on peut s’interroger, avec le groupe, sur les dynamiques de pouvoir à la source des inégalités et qui touchent les contenus d’apprentissage. Par exemple :

  • Toutes les personnes ont-elles accès à telle technologie ou innovation?
  • Ce concept est-il universel, c’est-à-dire rejoint-il toutes les personnes de la même manière, dans la même mesure?
  • Cette vision du monde peut-elle être partagée par l’ensemble des êtres humains?

4. Mettre en place des pratiques participatives émancipatrices

Si elles demeurent de temps à autres nécessaires, les présentations magistrales doivent être limitées dans leur durée et leur fréquence dans le but de laisser les étudiant·e·s participer au cours et à la construction de leurs savoirs. Les activités pédagogiques doivent les mettre en action et mener à un résultat devant lequel ils et elles éprouveront de la fierté. Par exemple :

  • Travaux d’équipe collaboratifs (où il n’y a pas de division des tâches, mais une réelle collaboration);
  • Débats et discussions;
  • Production de contenu d’apprentissage;
  • Évaluation par les pairs;
  • Etc.

5. Réfléchir sur le rapport entre la personne en situation d’apprentissage, d’une part, et la personne formatrice, d’autre part

L’enseignant·e dispose d’un pouvoir sur les étudiant·e·s. C’est lui ou elle qui détermine si un savoir est vrai ou non, qui évalue le niveau de maîtrise des compétences et des connaissances associées au cours, etc. Dans une perspective égalitaire, il est important de s’assurer d’évaluer de façon égalitaire, d’avoir des règles de classe claires et de les appliquer de façon constante et cohérente, etc. S’il existe, légalement et dans les faits, une relation d’autorité entre l’enseignant·e et l’étudiant·e, celle-ci doit se baser sur le respect et éviter les biais menant à une discrimination injustifiée.

6. Mettre de l’avant les savoirs féministes, les savoir-faire et les savoir-être

Les connaissances comme telles sont importantes, mais les savoirs féministes, c’est-à-dire les savoirs qui mettent de l’avant les aspects touchant plus particulièrement les femmes et la domination masculine, les savoir-faire et les savoir-être sont, aujourd’hui, des compétences de base nécessaires dans la plupart des emplois, en plus de valoriser d’autres formes de savoirs que la seule connaissance théorique.

Références

PAGÉ, Geneviève, SOLAR, Claudie et LAMPRON, Ève-Marie (2018). « Les pédagogies féministes et les pédagogies des féminismes : une mise en perspective », Recherches féministes, Pédagogies féministes et pédagogies des féminismes, Vol. 31, No 1.