Recommandations générales

Les différences entre les garçons et les filles en matière de décrochage scolaire sont moins marquées au collégial, bien que les filles continuent d’y persévérer davantage que les garçons. On constate qu’encore à ce niveau scolaire, les jeunes qui sont le plus à risque de décrocher sont aussi ceux et celles entre qui les différences filles-garçons sont les plus marqués, c’est-à-dire qu’ils et elles adhèrent davantage aux stéréotypes sexuels (Roy, Bouchard et Turcotte, 2012a).

Les raisons qui poussent filles et garçons à décrocher au niveau collégial sont aussi très différentes (Boisvert et Paradis, 2008; Jorgensen, Ferraro, Fichten et Havel, 2009; MELS, 2004, 2007, cités dans Roy et al., 2012b). C’est pourquoi il est important d’agir de façon différenciée selon les sexes pour favoriser la persévérance scolaire.

Cette fiche vous propose plusieurs recommandations générales à intégrer à votre pratique pédagogique dans le but de déconstruire les stéréotypes sexuels avec votre classe. Afin de vous aider à cibler vos interventions, cinq axes d’intervention sont privilégiés :

  1. Interactions avec les étudiant·e·s
  2. Activités sur les stéréotypes de genre
  3. Pédagogies égalitaires
  4. En équipe de travail
  5. Activités d’introspection

Pour chacun de ces axes, des recommandations visent les étudiant·e·s en général tandis que d’autres visent plus spécifiquement les garçons et les filles. L’objectif n’est pas de différencier davantage les garçons et les filles, mais simplement de reconnaître qu’à cet âge, la socialisation différenciée selon le sexe a déjà fait son œuvre et que certains stéréotypes acquis chez les garçons et les filles nécessitent des interventions différentes pour être déconstruits.

Interactions avec les étudiant·e·s

En général:
  1. Encouragez les activités de collaboration qui réunissent les filles et les garçons. Dans les classes où les élèves collaborent davantage, il existe moins d’attitudes stéréotypées.
  2. Encouragez les élèves de façon égale.
  3. Gardez en tête que tous les garçons et toutes les filles n’ont pas les mêmes compétences et capacités. Adoptez une approche individuelle : il sera alors plus facile de tenir compte distinctement de la réalité des filles et des garçons.
  4. Faites la recension des parents-étudiant·e·s. Interrogez-les sur leurs réalités ainsi que sur leurs besoins et tentez d’adapter vos pratiques à ces besoins.
  5. Faites preuve d’ouverture d’esprit en matière de diversité. Si certains jeunes ont des propos ou des comportements discriminatoires envers les personnes homosexuelles ou transgenres (il s’agit alors d’homophobie ou de transphobie), invitez-les à réfléchir à cette conduite. Une bonne façon d’intervenir est de comparer l’homophobie ou la transphobie au racisme. La discrimination restera toujours la même chose, peu importe le groupe de personnes auquel elle s’attaque.
  6. Informez les élèves de l’existence de la politique institutionnelle contre le harcèlement et de ce qu’elle implique.
  7. Encouragez tous les étudiant·e·s à consacrer un temps d’étude raisonnable à leurs études. Chez les garçons, à en mettre suffisamment et chez les filles, à préserver l’équilibre entre école et vie sociale.
  8. Portez une attention spécifique au vocabulaire utilisé : par exemple, « les gars » pour les travailleurs de l’industrie forestière ou du plein air, « les filles » pour les éducatrices à la petite enfance, etc.
Pour les garçons :
  1. Veillez à ce que les lieux d’aide revêtent un caractère plutôt informel : les garçons répondent mieux à des lieux d’aide professionnelle informels, ceux-ci ayant habituellement plutôt tendance à se débrouiller seuls au lieu de demander de l’aide formelle.
  2. Offrez à tous les garçons, incluant ceux qui ont une performance académique plus faible, des occasions de se montrer compétents à l’école.
  3. Offrez des services d’aide sans rendez-vous, ce qui pourrait faciliter notamment l’accès des garçons à ces services.
  4. Introduire un volet « compétition » dans certaines activités : ce serait plus stimulant pour les garçons, mais aussi pour les filles.
  5. Valorisez les émotions et aidez les garçons à les exprimer davantage.
  6. Encouragez les talents artistiques des garçons.
Pour les filles :
  1. Soyez vigilant·e quant aux besoins invisibles des filles et portez attention aux signes de décrochage des filles, qui sont moins étiquetées comme de potentielles décrocheuses, et dont les difficultés sont davantage intériorisées.
  2. Prévoyez des activités pour les filles afin de leur donner confiance en elles.
  3. Faites preuve de vigilance en matière de détresse psychologique et de difficultés liées à la transition secondaire-cégep chez les filles, qui y sont plus sensibles.

Activités sur les stéréotypes

  1. Aidez les étudiant·e·s à acquérir un esprit critique par rapport aux stéréotypes sexuels en :
    1. encourageant la réflexion et la prise de conscience lorsque vous en apercevez;
    2. critiquant ouvertement les images stéréotypées se trouvant dans l’espace public;
    3. mettant en évidence les stéréotypes sexuels lorsque les étudiant·e·s utilisent des applications Web, sur la tablette et l’ordinateur;
    4. questionnant les stéréotypes ou les préjugés perpétués par les étudiant·e·s ou d’autres personnes;
    5. corrigeant l’impression qu’il existe des activités féminines et d’autres masculines.
  2. Les tâches étant souvent réparties entre les étudiant·e·s en fonction des stéréotypes sexuels dans les travaux d’équipe, invitez-les à partager des tâches ou à en essayer de nouvelles.
  3. Réagissez verbalement à des situations d’inégalité et discutez-en avec les étudiant·e·s pour déconstruire les stéréotypes et faire évoluer leurs perceptions vers des valeurs égalitaires;
  4. Dans les sports, où les stéréotypes sexuels sont très présents, intervenez rapidement en cas de propos discriminatoires.
  5. Féminisez les textes et expressions pour que toutes et tous se sentent inclus·e·s, tant dans les textes que vous écrivez que lorsque vous vous adressez aux étudiant·e·s.
  6. Faites prendre conscience des aptitudes développées par les différentes activités qui sont offertes aux jeunes et montrez qu’elles sont bénéfiques à toutes et à tous, filles ou garçons.
  7. Organisez des activités pour sensibiliser les étudiant·e·s à la question de l’hypersexualisation.
  8. Organisez des ateliers ou des jeux avec les étudiant·e·s pour engager un dialogue autour de la question des identités sexuelles.
  9. Présentez des modèles de femmes et d’hommes qui sortent des rôles stéréotypés.
  10. Travaillez sur les stéréotypes sexuels avec les jeunes, particulièrement avec les garçons qui y adhèrent davantage.
  11. Encouragez les étudiant·e·s à choisir des activités ou des tâches qu’elles et ils ont tendance à ignorer ou à éviter.
  12. Dans le contexte d’une approche coopérative ou d’un travail d’équipe, favorisez le recours aux forces respectives des filles et des garçons qui composent le groupe afin de leur permettre de se mettre en valeur et ce, particulièrement chez les filles, dont la confiance en soi est souvent plus faible que celles des garçons.
  13. Encouragez les jeunes femmes à se diriger vers des métiers traditionnellement masculins et les jeunes hommes qui le souhaitent, à se diriger vers des emplois traditionnellement féminins.
  14. Mettez en oeuvre des campagnes de promotion à cet égard. Soutenez et encouragez les aspirations scolaires, professionnelles et sociales des jeunes. Aidez-les à être convaincu·e·s que tout leur est permis et possible.

Les pédagogies égalitaires

Afin de soutenir la persévérance scolaire de tous les étudiant·e·s en déconstruisant les stéréotypes sexuels, il est important de mettre en pratique une pédagogie égalitaire, c’est-à-dire une pédagogie féministe qui vise, à terme, l’élimination des inégalités entre les femmes et les hommes. « Selon Penny Welch (1994 : 156), l’ensemble des pédagogies féministes se fonde sur trois principes qui ont pour objet:

  • d’établir des relations égalitaires dans la classe;
  • de faire en sorte que les étudiantes et les étudiants se sentent valorisés en tant que personnes;
  • d’utiliser l’expérience des personnes étudiantes comme source d’apprentissage.

Pour Burke et Jackson, à ces principes, il convient d’ajouter que l’activité pédagogique soit transformative » (Pagé, Solar et Lampron, 2018, p. 8). Voici, en plus, quelques recommandations générales pour mettre en pratique des pédagogies égalitaires.

En général :
  1. Pour rejoindre plus spécifiquement les filles et les garçons comme groupes distincts, variez vos approches pédagogiques. Vous rejoindrez ainsi plus d’étudiant·e·s et leur permettrez d’apprendre avec la méthode qui leur convient le mieux.
  2. Faites preuve de flexibilité afin de faciliter la conciliation études-familles-travail chez les étudiant·e·s-parents.
  3. Créez un climat favorable à l’apprentissage et à l’expression de soi en :
    1. réagissant immédiatement aux propos sexistes, racistes, inappropriés ou discriminatoires (zéro tolérance).
    2. évitant de mettre en doute les étudiant·e·s qui ne se conforment pas aux stéréotypes et en corrigeant ceux et celles qui font des commentaires sur ces comportements ou s’en moquent.
    3. amenant les jeunes à faire preuve d’ouverture d’esprit par rapport aux choix des autres et en démontrant que le sexe d’une personne ne la limite pas dans ses choix d’activités ou de profession.
  4. Favorisez des équipes mixtes, notamment dans les activités sportives.
  5. En contexte de sortie scolaire et de stage, s’assurer d’une répartition équitable et non stéréotypée des tâches liées à la vie du groupe.
  6. Dans les lectures et les modèles proposés aux élèves, assurez-vous d’avoir des modèles diversifiés (par exemple, des femmes philosophes qui parlent d’autre chose que de la condition féminine, des femmes scientifiques ou des femmes qui ont marqué l’histoire à l’extérieur des mouvements féministes).
  7. Vérifiez les perceptions et le sentiment de compétence des étudiant·e·s envers certaines matières comme le français et les mathématiques, ainsi que la valeur qu’elles et ils leur accordent, afin d’intervenir avec discernement :
    1. Les filles vivent plus d’anxiété et ont souvent un sentiment de compétence plus faible que les garçons en mathématiques. Elles ont besoin de soutien et d’encouragement;
    2. Les garçons donnent souvent moins d’importance à l’apprentissage du français et à la lecture.
  8. Offrez aux jeunes des modèles variés de travailleuses et de travailleurs. Amenez-les à se projeter dans un travail en fonction de leurs propres intérêts et non selon des stéréotypes sexuels, particulièrement dans le cas des étudiant·e·s évoluant dans des programmes non traditionnels à leur sexe.
  9. Privilégiez des lectures et des activités qui proposent des représentations originales, qui présentent des personnages diversifiés, aux qualités et aux comportements qui s’éloignent des modèles traditionnels. C’est notamment le cas dans les lectures suggérées ou des conférenciers et conférencières invité·e·s.
  10. Faites attention à l’humour lié aux compétences des hommes et des femmes. Ces blagues, répétées, peuvent devenir étouffantes pour les étudiant·e·s qui sont minoritaires dans leur programme (garçons en traditionnellement féminin/filles en traditionnellement masculin).
  11. Permettez aux étudiant·e·s minoritaires dans leur formation d’exprimer leurs besoins et de partager leurs difficultés.
Pour les filles :
  1. Mettez en place des mécanismes pour que les garçons et les filles soient encouragé·e·s à prendre la parole de façon équitable dans la classe. Par exemple, alterner les tours de parole entre les garçons et les filles.
  2. Atténuez la menace du stéréotype par un « discours de renforcement » en début d’activité en soulignant le fait que tous les élèves sont en mesure de bien réussir l’activité en question.
  3. Soutenez l’intégration des femmes dans les secteurs à prédominance masculine.
  4. Assurez-vous d’offrir des formations équivalentes aux hommes et aux femmes. Évitez d’assumer que les étudiant·e·s ont déjà certaines compétences, par exemple la conduite des véhicules ou l’utilisation de l’équipement.
Pour les garçons :
  1. Soutenir l’intégration des hommes dans les secteurs à prédominance féminine.

En équipe de travail

  1. Dressez un tableau des participant·e·s aux activités avec des données pour cerner à qui s’adressent majoritairement les activités.
  2. Offrez des activités qui allient compétences artistiques et sportives afin d’amener les garçons à exercer des pratiques culturelles et les filles à exercer les activités physiques.
  3. Prévoyez une politique pour encadrer les relations amoureuses et sexuelles entre les professeurs et les étudiant·e·s.
  4. Ayez des modèles masculins et féminins dans les activités non traditionnelles ou dans le corps enseignant.
  5. Discutez en groupe la question du genre dans la profession.
  6. Prévoyez une politique pour les cas d’agression sexuelle, notamment en contexte de stage.
  7. Réfléchissez à une politique institutionnelle d’intervention et d’intégration des élèves ayant une identité de genre non conforme.
  8. Favorisez des modes de transport sécuritaires pour se rendre aux lieux d’activités et des horaires adéquats afin d’encourager la participation des étudiantes.

Activités d’introspection

  1. Développer des pratiques réflexives : faire preuve de vigilance et s’interroger sur ses propres attitudes (bien souvent inconscientes) vis-à-vis des jeunes. Par exemple, une enseignante a filmé sa classe et s’est rendu compte que son comportement n’était pas le même envers les filles et les garçons.
  2. Prenez le temps d’identifier vos propres préjugés sur les capacités et aptitudes des garçons et des filles.
  3. Prenez le temps de réfléchir sur : 1) la place des hommes et des femmes dans votre discipline, 2) sur les expériences qu’ont les garçons et les filles de cette discipline ou des compétences qui y sont rattachées et 3) sur l’effet que ces deux éléments peuvent avoir sur le sentiment de compétence des étudiant·e·s de votre classe face à la matière et aux compétences qui y sont associées.
  4. Prenez du temps pour bien comprendre l’effet Pygmalion et ayez des attentes élevées pour tous les étudiants et toutes les étudiantes.

Références

BAUDOUX, Claudine et NOIRCENT, Albert, (1993). « Rapports sociaux de sexe dans les classes du collégial québécois », Revue canadienne de l’éducation, 18 (2), pp. 150-167, accessible à : http://journals.sfu.ca/cje/index.php/cje-rce/article/view/2654/1962

RÉSEAU RÉUSSITE MONTRÉAL (2018). “Pour une égalité filles-garçons en persévérance scolaire”, Réseau Réussite Montréal – Dossiers thématiques, accessible à l’adresse suivant : http://www.reseaureussitemontreal.ca/dossiers-thematiques/egalite-filles-garcons-reussite-scolaire/

ROY, Jacques, BOUCHARD, Josée et TURCOTTE, Marie-Anne (2012a). « Filles et garçons au collégial : des univers parallèles? », Pédagogie collégiale, 25 (2), pp. 34-40, accessible à : http://www.capres.ca/wp-content/uploads/2014/07/PUBPE-2010-2-RoyetCie-Vol_25-2.pdf

ROY, Jacques, BOUCHARD, Josée et TURCOTTE, Marie-Anne (2012b). « Identité et abandon scolaire selon le genre en milieu collégial », Rapport de recherche, juin 2012, accessible à : https://cdc.qc.ca/parea/788248-roy-bouchard-turquotte-identite-abandon-scolaire-genre-ste-foy-PAREA-2012.pdf

SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE (2018). « Portail Sans stéréotypes », accessible à : http://www.scf.gouv.qc.ca/sansstereotypes/comment-agir/ce-qui-est-propose/