Égalité et inclusion au secondaire

Si l’éducation peut être vecteur de changement et contribuer à l’atteinte de l’égalité entre les genres, le système scolaire peut aussi reproduire les inégalités et nous offre souvent un reflet des inégalités dans la société. Alors que notre portrait de l’éducation dans la région fait un tour d’horizon assez complet de la question avec les données disponibles, cette section reprend les éléments essentiels à savoir quand il est question de créer des milieux éducatifs inclusifs.

 

Égalité entre les genres

La montée de la misogynie, de l’homophobie et de la transphobie dans les écoles [1] affecte négativement le climat scolaire, le niveau d’inclusion du milieu éducatif et le sentiment de sécurité des filles à l’école. C’est au niveau secondaire que nos partenaires locaux et le personnel interrogé mentionne le plus souvent une adhésion (parfois croissante) de certains adolescents aux propos des influenceurs masculinistes [2]. À l’échelle du Québec, de récentes études constatent que 20 % des jeunes québécois considèrent que le féminisme est une tentative de contrôler le monde et que 34 % des jeunes québécois adhèrent à une prise de position masculiniste [3]. Lorsque des questions controversées (telles que des postures masculinistes) sont soulevées en classe, les enseignant·e·s ont tendance à adopter une posture d’impartialité neutre et à utiliser des approches prudentes [4].

Selon Samuel Tanner et François Gillardin, de l’École de criminologie de l’UdeM, « les discours masculinistes véhiculent une vision rigide et violente des rapports entre les genres. Bien loin d’être anodins, ils peuvent avoir des effets nocifs autant sur les garçons que sur les filles, en particulier durant l’adolescence, période où l’identité est en pleine construction. […]

Ces discours peuvent générer une forte pression à se conformer à des modèles irréalistes et toxiques. Chez les jeunes, dont le jugement est encore développement, cela peut entraîner :

  • Une faible estime de soi
  • Des comportements à risque
  • Une peur du rejet ou de ne pas correspondre aux attentes des autres
  • Dans certains cas une banalisation de la violence ou des inégalités [5] »

Pour définir leur concept de soi, les jeunes vont vivre à l’adolescence plusieurs expériences et besoins qui vont consolider leur développement psychosexuel et les mener vers une plus grande autonomie. Pendant cette période, les stéréotypes de genre peuvent à la fois représenter des contraintes et des espaces d’exploration. La montée des discours masculinistes amène une grande adhésion aux stéréotypes de genre, particulièrement chez les jeunes hommes issus de milieux économiquement défavorisés [6].

 

Communautés 2SLGBTQ+

Avec la montée des discours d’extrême-droite et du masculinisme, notamment sur les réseaux sociaux et autres plateformes de diffusion en ligne, on remarque depuis quelques années, au Québec, une recrudescence de l’homophobie et de la transphobie. Cette tendance observée sur le terrain a par ailleurs été confirmée par la plus récente étude annuelle du GRIS-Montréal, qui a sondé plus de 35 000 jeunes du secondaire dans plusieurs régions du Québec [7]. On y apprend que « 33,8 % des répondant·es disent ressentir un malaise à l’idée d’apprendre que leur meilleure amie était lesbienne – une hausse marquée par rapport à l’année 2017-2018, durant laquelle cette même proportion était de 15,2 %. Pour un ami gai, la proportion est encore plus prononcée : 24,7 % en 2017, contre 40,4 % en 2024.

Si, pour le GRIS, ces nouvelles données représentent du jamais vu au Québec, elles ne sont pas tout à fait étonnantes. À l’heure où les propos masculinistes pullulent, des réseaux sociaux jusqu’aux plus hautes sphères politiques, il est prévisible que de plus en plus de jeunes en subissent les influences. [8] »

 

Neurodiversité

Le personnel enseignant de la région connait généralement bien les différents diagnostics faisant partie de la neurodivergence et enseigne au mieux aux élèves présentant des troubles d’apprentissage. Or, les interventions qui visent les élèves neurodivergent·e·s, par exemple ayant un TDAH, un TSA ou une dyslexie, sont souvent des mesures d’adaptation qui créent une surcharge de travail pour le personnel enseignant. Plutôt que de cumuler les mesures d’adaptation, l’ergothérapeute du Centre de services scolaires René-Lévesque Maude Ouellet, qui soutient le projet Enseigner l’égalité, recommande d’agir en amont avec une conception universelle de l’apprentissage, qui permet de partir des marges avec des méthodes qui sont, finalement, bonnes pour tout le monde. Cette méthode n’est cependant pas mise en pratique partout en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, et il reste beaucoup de travail à faire pour défaire les préjugés et accueillir les craintes et les résistances des équipes-écoles qui souhaitent éviter, avec raison, une surcharge de travail.

 

Immigration

La Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, à l’instar d’autres régions du Québec, ont vu dans les dernières années une aussi marquée de personnes issues de l’immigration, dont beaucoup arrivent avec leurs enfants ou dans l’optique d’y fonder une famille. Des élèves issu·e·s de l’immigration sont ainsi de plus en plus accueilli·e·s au sein des écoles. Or, il y a très très peu de personnel enseignant issu de l’immigration ou racisé, ce qui occasionne des situations où un manque de sensibilité et des angles morts sur les questions raciales est noté au sein du personnel parmi les élèves, les parents et les membres du personnel issu·e·s de l’immigration ou racisé·e·s.

Des organismes de la région qui accueillent et soutiennent les personnes immigrantes ont mentionné, lors de l’analyse de besoins, que beaucoup d’élèves vivent un choc culturel et des défis sur le plan de l’apprentissage de la langue. Des parents immigrants ont aussi rapporté que leurs enfants sont davantage surveillés par le personnel enseignant et que les règles sont appliquées différemment avec les élèves racisés pour un même comportement, ce qui amène les enfants immigrants à vivre un stress de la minorité qui nuit à leur estime de soi, à leur apprentissage et à leur inclusion dans la communauté.

 

Mi’gmaq

Les enfants des communautés Mi’gmaq de Listuguj et Gesgapegiag ne fréquentent pas tous les écoles de leurs communautés (Gespeg n’a pas de territoire de réserve, donc pas d’école de communauté). Plusieurs parents font le choix d’envoyer leurs enfants dans les écoles francophones ou anglophones de la région, ce qui amène les classes à se diversifier et le personnel enseignant à développer ses compétences interculturelles. Le projet Harmonie Intercommunautés, démarré à Listuguj et Pointe-à-la-Croix en 2002, et mis en place entre 2019 et 2021 à Gesgapegiag et New Richmond, a permis aux communautés anglophones, Mi’gmaq et francophones d’apprendre à mieux se connaitre. Selon les entrevues réalisées dans le cadre du projet Enseigner l’égalité avec des parents et personnes impliquées dans le système scolaire, une méconnaissance de l’histoire du point de vue autochtone persiste parmi le personnel, et les compétences antiracistes restent à développer.

 

Une analyse féministe intersectionnelle

Pour mettre en place des milieux éducatifs inclusifs, on peut utiliser une analyse différenciée selon le sexe dans une perspective intersectionnelle (ADS+). Cela consiste à se questionner sur diverses facettes de notre milieu (pratiques pédagogiques, activités parascolaire, organisation de la cour d’école, livres jeunesse utilisés, modèles présentés, interactions avec les élèves, etc.) en lien avec le genre des élèves, puis à ajouter d’autres éléments identitaires liés à des inégalités systémiques.

Afin de faciliter l’appréhension de plusieurs réalités identitaires, la Table de concertation féministe GÎM a produit une roue des inégalités, qui présente différents axes d’oppression et de privilège, selon que les situations vécues amènent à plus de pouvoir ou de marginalisation.

Les milieux éducatifs peuvent être formés et accompagnés par la Table de concertation féministe GÎM pour s’approprier cet outil et l’utiliser afin d’améliorer l’inclusion dans leur établissement.

 

Références

1. Francis Dupuis-Déri et la Fédération autonome de l’enseignement (2026). Enseigner à l’école au Québec face à la misogynie, l’antiféminisme, l’homophobie et la transphobie, https://www.lafae.qc.ca/public/file/2026_Rapport_montee_misogynie_homphobie_transphobie-Francis-Dupuis-Dery.pdf

2. Léa Beaulieu-Kratchanov (2023). « ”Moi, j’aime Andrew tate” : les jeunes à la merci des discours masculinistes en ligne », Pivot, article publié le 29 juillet 2023. https://pivot.quebec/2023/07/29/moi-jaime-andrew-tate-les-jeunes-a-la-merci-des-discours-masculinistes-en-ligne/

3. Léa Clermont-Dion (2025). Cyberviolences et discours masculinistes : enjeux, analyses et état des faits, 92e Congrès de l’ACFAS 2025.

4. David Waddington et Tessa Maclean (2025). Briser le cycle : Comprendre les discours masculinistes dans les écoles et les salles de classe, et y résister, 92e Congrès de l’ACFAS.

5. Samuel Tanner et François Gillardin (s.d.). « Les jeunes face aux discours masculinistes : 3 pistes pour les accompagner », Fondation Jeunes en tête, https://fondationjeunesentete.org/ressource/les-jeunes-face-aux-discours-masculinistes-3-pistes-pour-les-accompagner/

6. Fédération autonome de l’enseignement (s.d.). Les stéréotypes de genre, https://www.lafae.qc.ca/dossiers/stereotypes-de-genre

7. GRIS-Montréal (2025). Augmentation des niveaux de malaise. Ce que les élèves du secondaire pensent de la diversité sexuelle, 2017-2024, https://www.gris.ca/app/uploads/2025/01/GRIS_rapport-final_30jan2025.pdf

8. Léa Beaulieu-Kratchanov (2025). « Montée de l’homophobie : que se passe-t-il dans les écoles ? », Pivot, https://pivot.quebec/2025/01/30/montee-de-lhomophobie-que-se-passe-t-il-dans-les-ecoles/