Discours masculinistes en classe de secondaire

Au cours des dernières années, les discours masculinistes et misogynes se propagent de plus en plus à l’aide des réseaux sociaux. Depuis le mouvement #MeToo en 2017, on observe une augmentation de ces discours en ligne, notamment par le biais d’influenceurs qui prônent un retour aux rôles de genre traditionnels et qui banalisent les violences genrées. 

Plusieurs études européennes démontrent la puissance et l’influence des masculinistes sur les réseaux sociaux, et l’impact de cette toxicité de genre sur les jeunes en milieu scolaire. Ce phénomène ne se limite évidemment pas à l’Europe et est bien présent au Québec.

Tour d’horizon de la manosphère

La manosphère est une constellation de communautés et créateurs de contenu antiféministes et misogynes actives en ligne, qui diffusent des discours centrés sur les hommes et sur une vision hiérarchisée des relations femmes-hommes. Cet écosystème affirme que les hommes seraient désavantagés dans la société, que le féminisme aurait « trop » avancé, et que la masculinité traditionnelle doit être restaurée. 

Ces communautés en ligne s’inscrivent dans le masculinisme, soit « une idéologie antiféministe ancrée dans des valeurs misogynes, visant à maintenir un ordre social patriarcal. Il repose sur la conviction que les hommes sont victimes d’une « crise de la masculinité », perçue comme une régression de leurs rôles traditionnels, notamment à cause des avancées féministes. Ce mouvement cherche à inverser les progrès réalisés par le féminisme, en revendiquant la réaffirmation des privilèges masculins et en prônant une vision du monde où les hommes doivent dominer les femmes. Plus qu’une simple réaction antiféministe, il incarne une tentative de préserver une masculinité traditionnelle et hégémonique, fondée sur des idéaux de force, de rationalité et de hiérarchie. » 

Le masculinisme met de l’avant une seule vision de la masculinité, hégémonique, rigide et souvent dite « toxique ». Quand on fait référence à la masculinité toxique, ce n’est pas pour exprimer que le fait d’être un homme est toxique. On entend plutôt « l’ensemble des traits masculins socialement régressifs qui servent à promouvoir la domination, la dévalorisation des femmes, l’homophobie et la violence gratuite. » 

C’est souvent cette vision de la masculinité qui est mise de l’avant par les « Pick-up Artists (PUA) », ces influenceurs, suivis par beaucoup de jeunes garçons, enseignent des techniques de drague, souvent axées sur la manipulation et la domination des filles et des femmes, ainsi que sur la recherche de force, de puissance et de richesse. 

Les garçons ou les jeunes hommes qui « échouent », même en mettant en pratique les conseils des pick-up artists, à avoir des relations intimes ou sexuelles avec des filles sont à risque d’entrer dans la mouvance la plus radicale et dangereuse de la manosphère, les incels. Ce sont des « chastes involontaires » (souvent appelés célibataires involontaires) qui sont convaincus qu’il existe une forte hiérarchie sexuelle et qu’ils sont au bas de cette hiérarchie. Ils accusent les femmes de leur souffrance parce qu’elles refusent d’avoir des relations sexuelles avec, selon leur théorie, 80 % des hommes, ne souhaitant avoir des relations qu’avec les 20% des hommes les plus beaux et riches (ceux au sommet de la hiérarchie). Plusieurs tiennent des propos déshumanisants et violents envers les femmes et certains, comme Alek Minassian à Toronto ou Elliot Rodger à Isla Vista, vont jusqu’à perpétrer des attentats au nom de l’idéologie incel. La communauté des incels est très jeune (13-35 ans). 

Il existe d’autres groupes au sein de la manosphère, comme les Men Going Their Own Way (MGTOW), les militants pour les droits des hommes (Men’s Rights Activists – MRA), les groupes de défense des droits des pères (Fathers’ Rights Groups), mais ceux-ci sont moins susceptibles d’interpeller les élèves du primaire.

Pourquoi les adolescents sont-ils attirés par les influenceurs masculinistes?

Les garçons apprennent donc très tôt, dès la petite enfance, les comportements et attitudes attendus d’elleux en fonction de leur genre, ce qu’on appelle le processus de socialisation genrée. Pour les garçons, l’identité masculine (dominante) se construit en opposition avec tout ce qui est féminin. Elle est validée (ou invalidée) par les autres garçons et est associée à des comportements de domination des autres. À l’exception de la masculinité traditionnelle et dominante, peu de modèles positifs de masculinité sont valorisés ou présentés aux garçons. Les transgressions des rôles de genre sont peu tolérées chez eux, c’est-à-dire que même si on encourage les garçons à se montrer sensibles, par exemple, lorsqu’ils le font, ils sont punis socialement (moqueries, intimidation, insultes, exclusion, etc.) Les garçons vont donc chercher à correspondre sans faille à l’idéal de masculinité promu, entre autres, par les pick-up artists et autres communautés masculinistes de la manosphère. 

Certains jeunes peuvent aussi comprendre les discours qui dénoncent la masculinité toxique comme une accusation envers tous les hommes d’être toxiques. Il est important de prendre le temps de préciser que les éléments de la masculinité toxique qui sont indésirables et dénoncés sont : 

  • La violence gratuite et la domination des autres ;
  • L’invulnérabilité, l’injonction à être le plus fort, l’interdiction d’exprimer d’autres émotions que la colère ;
  • L’homophobie ;
  • La dévalorisation et la domination des femmes. 

En somme, les adolescents ont déjà internalisé plusieurs normes et attentes liées à leur genre et tentent d’agir de manière à répondre à celles-ci pour à la fois affirmer leur masculinité, mais aussi être acceptés par leurs pairs. L’adolescence étant marqué par une importante quête identitaire et le début des relations amoureuses et intimes, il est primordial que plusieurs modèles positifs de masculinités soient offerts aux garçons en plein développement identitaire.

Qu’en est-il des écoles secondaires de la région?

Au Québec, 20 % des jeunes québécois considèrent que le féminisme est une tentative de contrôler la société. Selon une étude sur la polarisation sociale dans les écoles secondaires menée par Diana Miconi en 2023, 34 % des jeunes québécois adhèrent à une prise de position masculiniste68. Les membres de la Table de concertation féministe GÎM ainsi que le personnel enseignant ayant répondu à notre questionnaire d’analyse de besoins confirme que ces idées circulent à divers degrés parmi les élèves masculins de la région. Plusieurs maisons des jeunes du territoire sont également préoccupées par ces discours auxquels adhèrent les jeunes qui fréquentent leurs organismes. 

Il est important de considérer que si les jeunes garçons ont accès à un téléphone intelligent et aux réseaux sociaux, ils sont exposés à ces contenus. Lorsqu’un adolescent se crée un compte sur un réseau social comme Tiktok, il est exposé à des contenus masculinistes environ de 7 à 9 minutes après la création de son compte puisque l’algorithme alimente le fil d’actualités des jeunes en fonction, entre autres, de leur genre et de leur âge. Même si l’âge minimal requis pour se créer un compte sur les réseaux sociaux est de 13 ans, un sondage mené en 2020 par Habilomédias montre que « la jeunesse canadienne d’âge primaire est de plus en plus active sur les réseaux sociaux, et 77 % de ces jeunes possèdent déjà leur propre téléphone intelligent. » Le même sondage révèle que 86 % des enfants de 9 à 11 ans disposent d’un compte sur au moins une plateforme qui exige que les utilisatrices et utilisateurs aient plus de 13 ans. À leur entrée au secondaire, les élèves peuvent donc avoir déjà été exposés à ces idées et suivre activement sur les réseaux sociaux ces influenceurs.

Quoi faire?

Tout cela vous inquiète ? Il existe des avenues pour agir. Jetez un œil aux outils et activités à animer sur notre site ou invitez-nous pour une formation dans votre école ! Notre formation de deux heures sur les discours masculinistes en classe permettra à votre équipe-école de comprendre les codes de la manosphère et d’explorer diverses façons de réagir lorsque des élèves tiennent ces propos.