Égalité et inclusion au primaire
Si l’éducation peut être vecteur de changement et contribuer à l’atteinte de l’égalité entre les genres, le système scolaire peut aussi reproduire les inégalités et nous offre souvent un reflet des inégalités dans la société. Alors que notre portrait de l’éducation dans la région fait un tour d’horizon assez complet de la question avec les données disponibles, cette section reprend les éléments essentiels à savoir quand il est question de créer des milieux éducatifs inclusifs.
Égalité entre les genres
Selon l’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle (EQDEM) de 2022, les garçons de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine sont proportionnellement plus nombreux que les filles à être vulnérables dans les domaines de développement des « Compétences sociales », de la « Maturité affective » et des « Habiletés de communication et connaissances générales » [1]. De plus, dès l’entrée à l’école primaire, les garçons ont généralement développé une plus grande motricité globale que les filles, alors que celles-ci ont une meilleure motricité fine. Ces différences ne s’expliquent pas par des différences cognitives sur le plan cérébral, mais bien par l’expérience éducative différenciée que vivent les enfants et qui les amènent à progresser davantage dans certaines sphères de développement par rapport à d’autres en fonction de leur genre.
Selon une étude menée dans plusieurs écoles primaires de la région de Québec, « l’ensemble des garçons a intériorisé un modèle d’évaluation de la masculinité déterminé à partir des stéréotypes traditionnels. Selon ces stéréotypes, un garçon doit être sportif, indiscipliné, indifférent aux résultats scolaires et capable de se défendre. Les garçons qui refusent de se conformer à ce modèle sont exclus du groupe [2] ». Toujours selon cette étude, les « comportements perçus comme masculins haussent l’estime de soi de la majorité des garçons et les rendent populaires auprès des pairs, mais ils les distancient de la réussite scolaire et les enferment dans un moule limitatif [2] ».
Communautés 2SLGBTQ+
Avec la montée des discours d’extrême-droite et du masculinisme, notamment sur les réseaux sociaux et autres plateformes de diffusion en ligne, on remarque depuis quelques années, au Québec, une recrudescence de l’homophobie et de la transphobie. Cette tendance observée sur le terrain a par ailleurs été confirmée par la plus récente étude annuelle du GRIS-Montréal, qui a sondé plus de 35 000 jeunes du secondaire dans plusieurs régions du Québec [7]. On y apprend que « 33,8 % des répondant·es disent ressentir un malaise à l’idée d’apprendre que leur meilleure amie était lesbienne – une hausse marquée par rapport à l’année 2017-2018, durant laquelle cette même proportion était de 15,2 %. Pour un ami gai, la proportion est encore plus prononcée : 24,7 % en 2017, contre 40,4 % en 2024.
Si, pour le GRIS, ces nouvelles données représentent du jamais vu au Québec, elles ne sont pas tout à fait étonnantes. À l’heure où les propos masculinistes pullulent, des réseaux sociaux jusqu’aux plus hautes sphères politiques, il est prévisible que de plus en plus de jeunes en subissent les influences. [8] »
Neurodiversité
Le personnel enseignant de la région connait généralement bien les différents diagnostics faisant partie de la neurodivergence et enseigne au mieux aux élèves présentant des troubles d’apprentissage. Or, les interventions qui visent les élèves neurodivergent·e·s, par exemple ayant un TDAH, un TSA ou une dyslexie, sont souvent des mesures d’adaptation qui créent une surcharge de travail pour le personnel enseignant. Plutôt que de cumuler les mesures d’adaptation, l’ergothérapeute du Centre de services scolaires René-Lévesque Maude Ouellet, qui soutient le projet Enseigner l’égalité, recommande d’agir en amont avec une conception universelle de l’apprentissage, qui permet de partir des marges avec des méthodes qui sont, finalement, bonnes pour tout le monde. Cette méthode n’est cependant pas mise en pratique partout en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, et il reste beaucoup de travail à faire pour défaire les préjugés et accueillir les craintes et les résistances des équipes-écoles qui souhaitent éviter, avec raison, une surcharge de travail.
Immigration
La Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, à l’instar d’autres régions du Québec, ont vu dans les dernières années une aussi marquée de personnes issues de l’immigration, dont beaucoup arrivent avec leurs enfants ou dans l’optique d’y fonder une famille. Des élèves issu·e·s de l’immigration sont ainsi de plus en plus accueilli·e·s au sein des écoles. Or, il y a très très peu de personnel enseignant issu de l’immigration ou racisé, ce qui occasionne des situations où un manque de sensibilité et des angles morts sur les questions raciales est noté au sein du personnel parmi les élèves, les parents et les membres du personnel issu·e·s de l’immigration ou racisé·e·s.
Des organismes de la région qui accueillent et soutiennent les personnes immigrantes ont mentionné, lors de l’analyse de besoins, que beaucoup d’élèves vivent un choc culturel et des défis sur le plan de l’apprentissage de la langue. Des parents immigrants ont aussi rapporté que leurs enfants sont davantage surveillés par le personnel enseignant et que les règles sont appliquées différemment avec les élèves racisés pour un même comportement, ce qui amène les enfants immigrants à vivre un stress de la minorité qui nuit à leur estime de soi, à leur apprentissage et à leur inclusion dans la communauté.
Mi’gmaq
Les enfants des communautés Mi’gmaq de Listuguj et Gesgapegiag ne fréquentent pas tous les écoles de leurs communautés (Gespeg n’a pas de territoire de réserve, donc pas d’école de communauté). Plusieurs parents font le choix d’envoyer leurs enfants dans les écoles francophones ou anglophones de la région, ce qui amène les classes à se diversifier et le personnel enseignant à développer ses compétences interculturelles. Le projet Harmonie Intercommunautés, démarré à Listuguj et Pointe-à-la-Croix en 2002, et mis en place entre 2019 et 2021 à Gesgapegiag et New Richmond, a permis aux communautés anglophones, Mi’gmaq et francophones d’apprendre à mieux se connaitre. Selon les entrevues réalisées dans le cadre du projet Enseigner l’égalité avec des parents et personnes impliquées dans le système scolaire, une méconnaissance de l’histoire du point de vue autochtone persiste parmi le personnel, et les compétences antiracistes restent à développer.
Une analyse féministe intersectionnelle
Pour mettre en place des milieux éducatifs inclusifs, on peut utiliser une analyse différenciée selon le sexe dans une perspective intersectionnelle (ADS+). Cela consiste à se questionner sur diverses facettes de notre milieu (pratiques pédagogiques, activités parascolaire, organisation de la cour d’école, livres jeunesse utilisés, modèles présentés, interactions avec les élèves, etc.) en lien avec le genre des élèves, puis à ajouter d’autres éléments identitaires liés à des inégalités systémiques.
Afin de faciliter l’appréhension de plusieurs réalités identitaires, la Table de concertation féministe GÎM a produit une roue des inégalités, qui présente différents axes d’oppression et de privilège, selon que les situations vécues amènent à plus de pouvoir ou de marginalisation.

Les milieux éducatifs peuvent être formés et accompagnés par la Table de concertation féministe GÎM pour s’approprier cet outil et l’utiliser afin d’améliorer l’inclusion dans leur établissement.
Références
1. Institut de la statistique du Québec (2022). Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle, 2022, données extraites par la Direction régionale de santé publique de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. https://cisss-gaspesie.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/2024/11/Infographie-Francais.pdf
2. Claudette Gagnon. (1999). Pour réussir dès le primaire : filles et garçons face à l’école, Les Éditions du Rémue-ménage, Montréal, p. 29.
3. Secrétariat à la condition féminine (2018). « Identité de fille ? Identité de garçon ? », Portail sans stéréotypes, https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/enfance/developpement-des-enfants/consequences-stereotypes-developpement/boite-outils
4. BBC (2018). No more boys or girls, can our kids go gender-free ?
5. Catherine Vidal (2017). « Cerveau, sexe et préjugés », dans Louise Cossette, Cerveau, hormone et sexe. Des différences en question, Les Éditions du Remue-Ménage, 9-28.
6. Francis Dupuis-Déri et la Fédération autonome de l’enseignement (2026). Enseigner à l’école au Québec face à la misogynie, l’antiféminisme, l’homophobie et la transphobie, https://www.lafae.qc.ca/public/file/2026_Rapport_montee_misogynie_homphobie_transphobie-Francis-Dupuis-Dery.pdf
7. GRIS-Montréal (2025). Augmentation des niveaux de malaise. Ce que les élèves du secondaire pensent de la diversité sexuelle, 2017-2024, https://www.gris.ca/app/uploads/2025/01/GRIS_rapport-final_30jan2025.pdf
8. Léa Beaulieu-Kratchanov (2025). « Montée de l’homophobie : que se passe-t-il dans les écoles ? », Pivot, https://pivot.quebec/2025/01/30/montee-de-lhomophobie-que-se-passe-t-il-dans-les-ecoles/